Déficit de MÉMOIRE autobiographique: Vivre sa vie à la troisième personne

Ce trouble extrêmement rare qui touche une partie de la mémoire épisodique, celle qui rassemble des souvenirs autobiographiques, reste mal connu. Ce déficit sévère de la mémoire autobiographique a d’ailleurs son équivalent dans l’autre sens, la mémoire autobiographique très supérieure. Des chercheurs en sciences cognitives du Baycrest Centre for Geriatric Care (Canada) identifient ici les premiers indices dans le cerveau, de ce trouble qui intervient chez des sujets à performance cognitive par ailleurs normale. Des personnes qui vivent donc à la troisième personne, car incapables de revivre le passé avec le souvenir d’une intervention ou d’une implication personnelle. Cette étude, présentée dans la revue Neuropsychologia, identifie ainsi la première faille dans le processus de rappel de la mémoire.
Les personnes atteintes de ce trouble cognitif extrêmement rare (Severely deficient autobiographical memory ou SDAM) mènent une vie normale et saine, suivent des études, accomplissent normalement leurs rôles familial, social ou professionnel, peuvent apprendre et se rappeler des informations normalement mais sont privés de la possibilité de revivre dans leur esprit des événements personnels du passé. Ils n'ont, expliquent les chercheurs, aucun souvenir personnel. La plupart de ces patients n'ont aucun antécédent d'amnésie, de lésions cérébrales, de complications à la naissance, de convulsions, d'accident vasculaire cérébral, de trouble neurologique ou psychologique permettant d'expliquer ce déficit particulier. Aucun antécédent non plus, chez les patients atteints du trouble opposé ou highly superior autobiographical memory (HSAM).
Cette étude canadienne est donc la première à examiner ce syndrome de la mémoire en laboratoire via l'imagerie cérébrale et à l'aide de tests cognitifs validés et fiables chez 3 adultes d'âge moyen (2 sujets américains et un britannique), qui vivent ainsi à la troisième personne en raison de ce déficit sévère de la mémoire autobiographique appariés à des témoins des mêmes âge et niveau socioprofessionnel. L'analyse constate chez ces 3 patients vs témoins :
· une vivacité (rapidité de réponse) réduite,
· une mémoire visuelle (et autobiographique) réduite,
· des différences cérébrales dont une réduction de volume modeste dans l'hippocampe droit
· une activation réduite, en cas d'effort de mémoire biographique, dans des régions cérébrales médianes impliquées dans ce processus de mémoire autobiographique,
· des difficultés de rappel de mémoire visuelle.
Ces différents résultats suggèrent à la fois une réduction de la fonction de rappel (recollection) , de la mémoire visuelle de ces expériences et des émotions qui leur sont attachées, explique le Dr Daniela Palombo, auteur principal de l'étude et chercheur à l'Ecole de médecine de l'Université de Boston. Pour vivre « normalement », ces sujets vont s'appuyer sur d'autres types de mémoire que la mémoire épisodique, comme la mémoire de travail en particulier. En conclusion, il existe des moyens de compenser, sur la vie, en utilisant ces autres capacités.
Déficit autobiographique ou mémoire excessive : Ces 3 premiers cas documentés vont donner lieu à d'autres études, nécessaires pour identifier l'ensemble des facteurs neurologiques possibles dans le développement du déficit sévère de la mémoire autobiographique, qui se révèleront peut-être également associés au trouble « inverse », celui de mémoire autobiographique très supérieure ou l'étrange capacité de rappeler une foule impressionnante de détails autobiographiques stockés dans la mémoire épisodique.
Source: Neuropsychologia 17 April 2015 doi:10.1016/j.neuropsychologia.2015.04.012 Severely deficient autobiographical memory (SDAM) in healthy adults: A new mnemonic syndrome (visuel © Slikar - Fotolia.com)
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